Comprendre le contexte socioéconomique et politique pour mieux comprendre celui des inégalités sociales et éducatives en Haïti

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15–22 minutes

Les inégalités sociales et éducatives qui décrivent mieux Haïti représentent les résultats des choix des pouvoirs publics dans la gestion de la res publica, entre autres. C’est parce que l’acteur individuel n’est pas assez averti pour identifier le poids de son action infinitésimale sur le contexte que le rôle de l’éducation doit se renforcer. L’éducation renvoie au moule qui est travaillé constamment pour l’adaptation du profil du citoyen, il faut qu’on lui en parle, il faut une sensibilisation visant l’action concrète dans le bon sens. L’école doit apprendre au futur citoyen à construire son rôle dans le développement qui ne lui sera que bénéfique. C’est l’école qui forme les hommes politiques tout comme les professionnels de tous les domaines de la vie nationale.

Chaque fois que le contexte attire l’attention de tous à cause de sa dégradation, il ne s’agit plus uniquement d’intervenir sur les contenus et l’adaptation au temps mais également d’agir sur le profil du citoyen pour qu’il soit apte à agir en acteur de développement. C’est pourquoi la réforme curriculaire s’inscrit également dans cette dynamique de développement de tout un pays en travaillant sur le profil du citoyen capable de comprendre et de prendre ses responsabilités. Le développement s’éloigne d’un film dont le citoyen est spectateur, il nécessite son implication active. Le rôle de l’école est central et rien ne peut remplacer les acteurs éducatifs dans une dynamique de changement socioéducatif et de développement. Qui a dit que l’éducation élève une nation?


Le contexte économique


Je ne cesserai de rappeler à qui veut bien l’entendre qu’on ne peut penser la croissance économique en Haïti sans la lier à la Recheche et le Développement en Éducation. Il importe, ceci étant dit, de mobiliser tous les mécanismes permettant à la Recherche et le Développement (R&D) de jouer un rôle-clé dans tous les aspects de développement national. Professionnel de la recherche en éducation, je prêche pour ma paroisse (l’Éducation et non moi personnellement), certes, mais je pense que la Recherche et le Développement peut opter pour une distribution de ses tentacules sur tous les domaines. Il est de plus en plus urgent de ne pas écarter la R&D de toute bonne volonté de rendre Haïti un pays vivable. La R&D représente un puissant facteur d’absorption des ressources du pays séjournant à l’étranger faute de l’existence d’un contexte leur permettant de se produire et de faire avancer la science en Haïti. L’on pourrait me reprocher l’indisponibilité des données sur cet aspect mais ils sont nombreux les chercheurs et autres professionnels de haut niveau évoluant dans des contextes éloignés de leur compétences et de leur domaine, le primum vivere s’impose. Sans pour autant vouloir effrayer les décideurs, agir en impliquant la R&D dans le développement national nécessite de lui consacrer un budget qui soit le double de ce qui est le budget actuel tous secteurs réunis. Il faut une volonté, il faut une conscience citoyenne, il faut des hommes et des femmes, il faut un environnement adapté.

Bien avant l’État haïtien, la ségrégation occupait le décor de la colonie française1, reprenant le Code Noir de 1685, Jacques Abraham explique que les esclaves n’avaient pas droit à l’éducation puiqu’ils étaient considérés comme meubles (Abraham, 2020). Charles Tardieu (1990) et Fritz Dorvilier (2012) s’alignent sur le même principe. Ils ne démentent pas pour autant ceux qui ont tendance à pointer du doigt les acteurs politiques qui seraient impuissants face à ce phénomène tendant à devenir une institution (dans le sens louraldien du terme). Est-ce pour autant que rien ne peut être fait?

Les indicateurs socio-économiques confirment pour Haïti un bilan marqué négativement à l’échelle régionale et internationale jusqu’à lui trouver une place parmi les pays les moins avancés (PMA) de la planète. Les rapports des experts internationaux retrouvent leurs points de convergence quand il faut présenter le contexte socio-économique haïtien, hélas, un contexte difficile. Cela ne date pas d’aujourd’hui malheureusement mais il semblerait que personne n’y prête attention. Je prends ici des références très anciennes pour bien justifier que le contexte de 2024 ne manifeste qu’un décor plus sombre de ce qui prévaut depuis l’après-séisme de 2010. En 2011, l’OCDE2, présente Haïti comme le pays le plus pauvre de l’hémisphère Nord et parmi les pays les moins développés du monde. Son PIB est de 1200 USD par habitant par an avec un taux de croissance de 6.1%, et le taux de croissance moyen est négligeable étant donné que le niveau du PIB de 1990 n’a été rattrapé qu’en 2005 et que la croissance était pratiquement nulle entre 2000 et 2005. Malgré l’absence de statistiques récentes, on estime à 11,87 millions la population haïtienne avec une densité de 353.2h.km-2. La moitié  de la population haïtienne vit en dessous du seuil de pauvreté absolue de $1.25 par jour et 76 % vit avec moins de $2.01 par jour. L’OCDE précise le fait que le PIB per capita, ajusté après inflation, soit la moitié de ce qu’il était vers la fin des années 80 illustre le glissement continu du pays dans la pauvreté. La présentation de ces informations consiste à comprendre la volonté des gouvernements haïtiens et les moyens qu’il est prêt à se donner pour arriver à créer une reconstruction nationale dont le premier indicateur serait une réduction de ces manques à gagner.

En gros, le gouvernement de Garry Conille de concert avec le CPT3 ne se retrouve pas à une phase plus critique de l’histoire du pays même si l’insécurité avec l’augmentation des groupes armés a pris une plus grande ampleur et que les vies humaines n’ont jamais été autant menacées. En ce qui concerne le marché de l’emploi, l’État intervient que rarement voire jamais. Plusieurs théories se départagent cette réalité, mais je préfère m’aligner sur le principe que l’État ne crée pas d’emplois mais il crée les conditions favorables à la création d’emplois par le secteur des affaires. Par le passé, l’intervention de l’État ne se manifestait pas au niveau du marché de l’emploi mais au niveau du commerce national notamment avec l’ouverture des magasins de l’État qui est souvent vécue comme une menace par la classe marchande concentrant le monopole du commerce à tous les niveaux. Les acteurs du marché de l’emploi haïtien s’alignent sur la même pensée des tenants de l’ultralibéralisme en voyant l’absence de l’intervention de l’État comme la meilleure stratégie de régulation. Je me demande également en quoi consisteraient les interventions de l’État, s’agit-il d’une intervention pour une intervention ou l’apport d’une solution quelconque? Le dynamisme du marché de l’emploi dépend-il de l’intervention de l’État ? Certains sociologues de la trempe de Gérard Pierre-Charles diraient que la première mission de l’État haïtien serait de rendre sa présence plus marquante face à « la montée d’une bourgeoisie marchande qui se sent étrangère qui accumule du capital mais dépense son argent et investit à l’étranger4» au lieu de créer plus d’emplois mieux rémunérés au niveau du secteur industriel. Depuis 1915 la politique des gouvernements consistant à injecter des millions de dollars dans l’économie et l’émission de papier-monnaie pour redresser la balance économique n’a donné aucun résultat et s’accompagne de la dévaluation constante de la gourde face au dollar américain. Si cette dévaluation a été plutôt contenue pendant le règne de Duvalier, les périodes suivant la fin de cette ère ont connu une régression complète jusqu’à faire exister sur le territoire deux modes de calcul où existe un dollar haïtien et le dollar américain : le dollar haïtien reprend le taux de 5 gourdes pour un dollar et le dollar américain, depuis après Duvalier cesse de valoir 5 gourdes. Ce qui veut dire que la gourde haïtienne perd sa valeur monétaire et sociale où les transactions s’effectuent en dollar haïtien et/ou en dollar américain. Au point que toute personne qui parle de dollar doit préciser dollar haïtien ou dollar américain dans un contexte où aucun texte officiel ne s’exprime en dollar haïtien mais en gourde. Quel est le prix réel des produits dans le pays face à cette double monnaie? La flambée du prix du pétrole depuis le premier choc pétrolier sur le marché international et capitaliste dont Haïti dépend affecte sévèrement le commerce national. Dans la fiche technique d’Haïti élaborée par le PNUD5 mise à jour en février 2012, 60% de la population active est touchée par le chômage. Celui-ci6 n’est pas synonyme d’oisiveté ou de paresse comme on pourrait le comprendre autrement puisqu’il ne s’agit nullement à en croire Lafargue de « l’homme qui cherche à économiser ses forces ou à surmonter ses déceptions ». Il faut voir le contexte avec l’emploi qui devient une «denrée rare qui conditionne la construction des identités sociales» (Dubar, 1991).

La passivité de certains organismes internationaux dans la formation s’expliquerait-elle par la faiblesse de l’offre d’emploi où on risque de former des gens qui vont se retrouver ensuite au chômage ? Comment éviter que le profil professionnel de l’individu ne soit un obstacle à son employabilité soit parce qu’il ne réunit pas les compétences à acquérir par formation ou soit parce qu’il n’a pas pu réunir les preuves des expériences adéquates pour satisfaire les critères d’expériences professionnelles dans les fiches d’emplois ? Ne s’agit-il pas également d’une incapacité administrative et académique à valoriser une expérience soit parce qu’aucun document ne la prouve pas ou soit parce que l’individu manifeste une incapacité à faire le lien entre les acquis expérientiels et les contenus de la fiche d’emploi? Ce bout de terre a toujours connu les rapports sociaux asymétriques (Abraham, 2020) qui caractérisent trois grands blocs sociaux auxquels répond la société haïtienne selon Jacques Abraham. Dans un pays où la ségrégation scolaire ne développe pas assez des réflexes des pouvoirs publics pour tenter des solutions efficaces, la réussite des élèves est entravée. S’il faut s’éloigner de la réalité coloniale, il importe d’expliquer en quoi les contextes social, économique et politique interreliés à l’éducation impactent d’une manière certaine les inégalités sociales et éducatives.


Le contexte social


La plus sûre description du contexte social haïtien tourne autour de l’inégalité observée à tous les niveaux de développement : inégalités au niveau de la répartition et de l’accès au système scolaire, inégalités au niveau de l’emploi et des traitements, inégalités des chances de réussite même à égal niveau de formation. À l’aune du système éducatif, l’inégalité dont il est ici question est encore plus manifeste. Le fort de taux de chômage, l’incapacité du système à former longuement ses citoyens abandonnant souvent le système éducatif de base sans boucler un cycle qu’il soit fondamental ou secondaire sont des indices suffisants pour présenter la société haïtienne comme étant une «société non intégrée7» et également « non cohésive » (Duru-Bellat, Dubet, Vérétout, 2010)8. La singularité du cas haïtien ne rejoint aucune logique de stigmatisation puisqu’à l’angle de l’intégration et de la cohésion les similitudes observées dans une approche comparée avec d’autres cas presqu’identiques sont à prendre avec recul et représentent souvent des effets de surface. Cette inégalité se trouve par ailleurs renforcée par le laxisme des pouvoirs publics et l’absence d’application des politiques visant à créer un climat social égalitaire au niveau de l’accès aux éléments nécessaires comme l’éducation, la santé, la nutrition et les technologies de l’information et de la communication. Si l’inégalité d’accès à ces éléments comprend avant tout une dimension économique, il faut noter également une forme « d’insouciance des classes dominantes de mettre en place une politique réelle de développement et d’appliquer des mesures de réformes de nature à diminuer le fossé entre le luxe, le gaspillage des nantis et les insatisfactions des masses »9. La question sociale haïtienne prend à certaines périodes une couleur raciale et le débat sur la question de couleur refait souvent surface dans un contexte où les familles les plus riches ont la peau très claire, ils sont appelés mulâtres. On ne peut nier que la bourgeoisie haïtienne est constituée en majorité des mulâtres mais ce serait nier le fait que de riches familles noires gardent le monopole de certaines activités tant politiques que commerciales et ne sont pas des exemples d’une minorité active (Moscovici, 1977) qui attireraient les mulâtres riches vers un comportement plus humaniste à l’égard des plus démunis. Je comprends bien pourquoi Jean-Price Mars (Ainsi parla l’Oncle, 1928) s’est demandé « si la question de couleur est la question sociale » face à cette frontière créée par une question d’épiderme dans les considérations socioéconomiques des couches aisées et des couches démunies.

Le marasme économique  dès le début des années 80 n’est pas sans répercussions sur les couches les plus pauvres de la société haïtienne (je me garde d’utiliser l’expression «couches défavorisées» qui devient le leitmotiv des propos de revendications de ceux qui s’identifient à une idéologie socialiste). Cette pauvreté représente dans les discours de plus d’un l’une des causes de l’émigration massive, la fameuse « fuite de cerveaux » devant le manque de volonté et aussi l’incapacité du système de donner une réponse satisfaisante à la montée des aspirations. Les emplois du secteur de la sous-traitance sont de plus en plus supprimés depuis le départ de Jean-Claude Duvalier mais, paradoxalement, ce sont les sociétés qui partent et non la robotisation du système qui nécessite de moins en moins du travail de l’homme. Dépourvus de moyens financiers pour scolariser leurs enfants, certaines familles se tournent vers les écoles «borlettes10» moins chères et offrant un enseignement de piètre qualité par rapport aux lycées publics peu nombreux et les écoles congréganistes appliquant des curricula internationaux dont les coûts sont très élevés et réservés à une clientèle plus aisée. Même si «réfléchir en termes d’inégalités ou d’exclusion fait obstacle à la dimension épistémologique de la démarche car on n’apporte rien du point de vue la compréhension du phénomène étudié11», l’évolution de l’homme social haïtien se fait dans un contexte d’exclusion dont l’école est le point de départ. En effet, elle ne forme pas au travail et l’implication passive des acteurs de la gouvernance scolaire ne fait que renforcer les éléments issus de certains établissements voués aux plus démunis car la provenance scolaire joue dans l’évaluation  du jeune diplômé et son insertion professionnelle est presqu’entravée en dehors de l’intervention d’une tierce personne ayant une grande capacité d’écoute. L’école se transforme en moteur de l’inégalité sociale qui sera renforcée par l’inégalité des traitements des salariés et l’absence du droit de regard de l’État dans un contexte politique caractérisé par la centralisation du pouvoir. Beaucoup militent pour une implication plus active des collectivités territoriales dans la gestion déconcentrée. Ce serait une solution à nulle autre pareille. Mais, n’est-ce pas un affront à la toute-puissance de l’Exécutif cantonné dans le département de l’Ouest? Quelle meilleure configuration les politiciens pourraient donner aux pouvoirs publics et s’assurer de l’autonomie des régions pour que le développement dont tout le monde parle ne soit pas un concept ne renvoyant à aucune réalité de développement effectif?


Le contexte politique


De 1804 à nos jours, Haïti, ancienne colonie française depuis 1625 jusqu’à 1804, a connu tous les types de régimes politiques tels l’empire avec Dessalines (22sept.1804-17oct.1806) et Faustin Soulouque (25 Août 1849-15 janvier 1859), la royauté avec Henri Christophe (26 mars 1811-15 août 1820)12. Les conditions dans lesquelles est née Haïti apporteraient-elles une explication rationnelle sur le fait que c’est un État  autoritaire et répressif ? Les guerriers de la Bataille de Vertières du 18 novembre 1803 gardaient encore leur colère et leur force militaire qui allaient se manifester dans la gestion politique de la nouvelle nation déclarée le 1er janvier 1804. Ignorants des modèles politiques qui se développaient à cette époque dans plusieurs coins du monde, l’adoption du modèle royaliste du colonisateur sous une couleur impériale était presqu’inévitable. Ceux qui avaient du mal à voir un seul homme bénéficier des meilleurs privilèges tout en voulant placer le mot de l’ordre ont fini par l’assassinat du Père13 de l’Indépendance au Pont-Rouge le 17 octobre 1806. Les luttes fratricides et la difficulté de trouver un accord commun ont donné lieu à une scission dès 180714 avec deux États dont celui du Nord qui est un royaume ayant à sa tête le général Henri Christophe15 et celui du Sud qui se veut démocratique avec un Président de la République. A la mort de Christophe et de Pétion, un régime parlementaire s’est institué et les députés et sénateurs pouvaient choisir les chefs d’État. L’existence des forces armées en Haïti sert toujours d’argument d’autorité pour expliquer la lenteur de l’institutionnalisation d’un système démocratique en Haïti. La démocratie est-elle le meilleur régime de gouvernement ? En quoi permet-elle le développement à tous les niveaux et la cohésion sociale ? S’agissant de développement d’Haïti, la démocratie est prônée par maints penseurs comme un outil de fin de parcours. Ils s’appuient sur le principe que la démocratie étant trop liée à la liberté conduit plus à l’anomie sociale représentant un ennemi farouche du développement. Il ne s’agit pas de faire un débat sur les conséquences de l’avènement de la démocratie en Haïti mais d’essayer d’énumérer les paramètres à tenir compte dans le redressement d’Haïti au plan politique. La démocratie qui s’est annoncée au début des années 1990 avec l’élection du prêtre Jean-Bertrand Aristide a été très tôt anéantie par le coup d’état militaire ayant conduit l’occupation en 1994 par les Américains qui ont démobilisé les forces armées haïtiennes pour préparer « le retour du symbole de la démocratie ». Le contexte politique haïtien se reconfigure après chaque descente des masses populaires dans les rues quand  la liberté semble être piétinée et cette reconfiguration a toujours pour point de départ l’adoption d’une nouvelle constitution comme celle du 29 mars 1987 après la chute de la dictature de plus de 30 ans des Duvalier. Cela dit, les nouvelles constitutions ne sont rarement l’émanation des revendications et des aspirations des couches sociales les plus affectées par l’ancien régime avec lequel il faut en finir par cette voie. D’aucuns pensent que « malgré ses formulations constitutionnelles et juridiques qui se veulent libérales, le système politique constitué de violence et de corruption est la négation des droits humains ». Loin de m’appuyer entièrement sur des telles considérations qu’il me semblent importantes de citer quand même, je conserve la description de la centralisation du pouvoir et je rejette les idées reçues faisant croire que ce qui se passe aujourd’hui sur le plan politique en Haïti serait la continuité d’un quelconque héritage des héros de l’Indépendance. En revanche, la participation politique individuelle dont Haïti témoigne se rapproche des propos de Dubet16 (et al. 2010) dans l’analyse du rapport du niveau d’éducation et de la participation politique17.

Au plan collectif, le pays n’est pas très instruit au regard du niveau d’éducation mais la participation politique est très forte. Mais, parler de l’État haïtien pour comprendre le contexte politique national revient à considérer un système démocratique qui s’apparente mieux à une notion qu’à une réalité où la pauvreté ne permet pas d’afficher une souveraineté face à une incapacité des dirigeants politiques de répondre aux revendications d’un peuple qui ne croit plus dans la volonté pragmatique des institutions qui sont censées le protéger, respecter ses droits tout en lui permettant de renforcer son implication citoyenne. Ce manque de confiance du peuple dans les institutions publiques serait peut-être, aux dires de certains économistes, à la base des délits de refus du paiement des impôts dans les provinces les plus reculées, de cette foi dans la descente dans les rues par des masses dans une grande violence quand il faut faire bouger les choses. Ce qui amène sans cesse le pouvoir centralisateur à réorienter sa gouvernance politique pour se mettre à l’écoute du peuple et mieux agir en ses intérêts.

Le système politique haïtien s’articule autour de 3 pouvoirs : le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. Mon objectif est loin de définir la mission des trois pouvoirs que présente la Constitution haïtienne de 1987. Par ailleurs, le fonctionnement normal du pays dépend des bons rapports sinon de la bonne interrelation entre les trois pouvoirs, sinon une crise politique s’installe. Si le pouvoir judiciaire a pour principal but de rendre la justice, le pouvoir législatif avec (la chambre des députés et le Sénat) a une puissance de contrôle sur le pouvoir exécutif puisque la mise en place du gouvernement dépend surtout de l’approbation du Parlement qui doit ratifier le Premier Ministre qui doit sortir du parti majoritaire au Parlement.

L’article 185 de la Constitution de 1987 supra citée confère au Parlement Haïtien le droit de traduire devant la Haute Cour de Justice, composée de 2/3 du Parlement et du Juge en chef du pouvoir de Cassation, tous les fonctionnaires publics à commencer par le Président de la République. Quels sont les impacts des rapports consensuels des 3 pouvoirs sur non seulement le développement national mais également sur le développement du système éducatif ? Le Parlement contient de multiples commissions s’occupant d’une branche de la vie nationale haïtienne y compris une commission d’éducation. Quelle est la mission de la commission d’éducation ? Pourquoi une commission parlementaire doit-elle s’occuper de l’éducation ? En quoi son existence peut influer sur le développement de l’éducation haïtienne ? Quels sont les rapports entre la commission d’éducation et le ministère de l’Éducation nationale et le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti ? Que retient l’histoire haïtienne en tant qu’action des commissions parlementaires de l’éducation ?


  1. Abraham, J. (2020). L’école haïtienne, entre ségrégation et rapports sociaux d’inégalité. Paris: L’Harmattan. Coll. Documentation haïtienne, p.26. ↩︎
  2. OCDE. (2011). Rapport 2011 sur l’engagement international dans les États fragiles : République d’Haïti. Éditions OCDE ↩︎
  3. Conseil Présidentiel de Transition ↩︎
  4. Pierre-Charles, G. (1986), « La crise sociale en Haïti et la lutte pour les droits du peuple, la conjoncture de crise et la crise globale du système ». Rencontre. No 26-27 septembre 2012, pp.101-114 ↩︎
  5. http://www.ht.undp.org/public/fichetechniquehaiti.php. PNUD: Programme des Nations Unies pour le Développement. ↩︎
  6. La situation de chômeur concerne toute personne ayant dépassé un âge spécifié (cf. population en âge de travailler,qui, au cours de la période de référence, était à la fois :
    sans travail, c’est-à-dire n’était pas pourvue d’un emploi, salarié ou non salarié, au cours de la période de,référence (une semaine).
    disponible pour travailler dans un emploi, salarié ou non, durant la période de référence (deux semaines).
    à la recherche d’un travail, c’est-à-dire avait pris des dispositions spécifiques au cours d’une période récente spécifiée (quatre dernières semaines ou douze derniers mois) pour chercher un emploi salarié ou non. Sources: « Résolution n°2 concernant les statistiques de l’emploi dans le secteur informel », BIT/OIT, 15ème Conférence internationale des statisticiens du travail, Genève, janvier 1993.
    ↩︎
  7. Dubet, F., Duru-Bellat, M., Vérétout, A. (2010). Les sociétés et leur école. Emprise du diplôme et cohésion sociale. Paris: Seuil. p.15 [« dans cette perspective, plus le chômage est faible et les inégalités sociales limitées, plus on peut considérer qu’une société est intégrée puisque chacun y a une,place et une « fonction », et puisque les positions sociales ne sont pas trop éloignées les unes des autres »] ↩︎
  8. Idem, « Si l’on raisonne sur l’école, les meilleurs indicateurs de l’intégration sont le taux de scolarisation aux divers niveaux du système scolaire et le niveau académique acquis par les élèves », p.68 ↩︎
  9. Pierre-Charles, G. (1986). Op.cit. ↩︎
  10. La loterie nationale haïtienne est connue sur ce nom, il s’agit d’une appellation des écoles de mauvaise qualité d’enseignement, l’on se base également sur le mauvais état des infrastructures ainsi que les taux d’échec/réussite des élèves de ces écoles aux examens officiels ↩︎
  11. Frétigné, C. (1999). Sociologie de l’exclusion. Paris: L’Harmattan. ↩︎
  12. Dorsainvil, J.-C. (1934). Manuel d’Histoire d’Haïti. Port-au-Prince: Éditions Henri Deschamps. Procuré des Frères de l’Instruction Chrétienne ↩︎
  13. En l’occurrence Jean-Jacques Dessalines   ↩︎
  14. Cette scission commença avec la Bataille de Sibert décrite ainsi par J.C. Dorsainvil « Le 28 décembre [1806], Christophe fut élu Président d’Haïti. Mais pendant ce temps, mécontent de la nouvelle constitution, c’est-à-dire des grands pouvoirs accordés au Sénat, il mettait l’armée du Nord sur pied de guerre et la poussait vivement contre l’Ouest. Quand on apprit l’entrée de Christophe à l’Arcahaie, la population de Port-au-Prince fut effrayée et s’enfuit de la ville. Pétion se porta contre son adversaire. La Bataille eut lieu le 1er janvier 1807 sur l’habitation Sibert à 12 kilomètres de Port-au-Prince. Les troupes de Pétion furent mises en déroute. Lui-même n’échappa à la mort que grâce à l’héroisme de Coutillien Coutard. Cet officier voyant son général poursuivi et en grand danger, lui enleva son chapeau à panache et s’en coiffa. Bientôt il tomba à la place de son chef, victime de son dévouement admirable. Mais pendant ce temps Pétion pouvait se jeter dans un canot, débarquer à Mariani et regagner le soir même Port-au-Prince. Yayou, aidé de Lamarre, arrêta Christophe à l’entrée de Port-au-Prince. Le siège de la ville commença ; pendant huit jours, elle résista à tous les assauts. Au bout de ce temps, Christophe se retira découragé. Mais, furieux de son échec, il ravagea la plaine du Cul-de-Sac où il ordonna un grand nombre de massacres. Il rentra au Cap et il organisa, d’après ses idées politiques, l’État du Nord. (Cf. Dorsainvil, J.-C. (1942). Op.cit. pp.130-131) ↩︎
  15. Dans La tragédie du Roi Christophe, Aimé Césaire décrit la vision de Christophe qui est à la fois un roi sanguinaire entrainant dans une mégalomanie le peuple du Nord touché par tous les problèmes sociaux à la construction d’une Citadelle. Christophe voyait d’un œil hypocrite la déclaration universelle des droits de l’homme qui stipulait que les hommes sont nés égaux en droit. Sa vision était que si tous les hommes sont des hommes, il y en a qui ont plus de devoirs que d’autres et il maintenait que les Noirs devaient prouver qu’ils étaient capables d’atteindre le sommet de leur objectif. ↩︎
  16. Dubet, F., Duru-Bellat, M., Vérétout, A. (2010). Les sociétés et leur école. Emprise du diplôme et cohésion sociale. Paris: Seuil ↩︎
  17. Idem, p.31 « Plus les individus sont scolarisés, plus ils sont des citoyens actifs intéressés par la chose publique, pourtant, au plan collectif, les pays en moyenne les plus instruits ne sont pas forcément ceux dans lesquels la participation  est plus forte ». ↩︎


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3 réponses à « Comprendre le contexte socioéconomique et politique pour mieux comprendre celui des inégalités sociales et éducatives en Haïti »

  1. Avatar de Richneïder VELNY
    Richneïder VELNY

    J’apprécie votre approche…

  2. Avatar de gkmuyisa
    gkmuyisa

    Une belle description des racines du mal haitien. Il n’y a pas mieux comme base de réfléxion pour lancer des analyses de contexte pour un développement durable. Félicitations.

    1. Avatar de Hervé BOURSIQUOT
      Hervé BOURSIQUOT

      Tout à fait Gilbert et la réflexion continue sur cette lancée pour faciliter une meilleure compréhension en profondeur!

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