Texte publié initialement en juillet 2010. Cette réflexion associe prose, poésie et photographie autour d’Haïti, de sa mémoire, de ses fractures et de l’espérance d’une reconstruction collective.
À chaque instant, tout est à reconstruire. Face à cette manière de voir, une certaine complaisance sert toujours de toile de fond. C’est bien dommage qu’on ait eu le 12 janvier. Dès qu’on parle des problèmes à résoudre, le 12 janvier devient un leitmotiv de tous les maux nous ayant accablés tout en nous empêchant de nous retrouver sur la route du progrès et du développement. Nous aimons bien nous plaindre en nous référant à des causes injustes que nous pouvons dépasser. Quant à la reconstruction, elle n’a pas pris de temps à devenir une plus-value politique pour attirer un plus large électorat. D’aucuns questionnent l’existence d’une réelle volonté d’agir pour reconstruire le tissu social en morceaux depuis les premiers moments de l’Indépendance. Tout porte à croire que nous ne sommes pas dignes de ce beau cadeau que nos ancêtres nous ont légué.

Il y a des couleurs certes dans ces photos mais elles sont floues par le contexte qu’elles portent. Malgré le fait qu’elles soient floues sans oublier cette marque de pauvreté qui est sous-jacente, ces photographies sont porteuses d’une charge émotionnelle rare pour ceux qui ont connu les beaux jours de ce pays.

Haïti, dans la mémoire de ceux qui ont vécu avant nous, serait cette terre sur laquelle la notion de bonheur aurait pris naissance. Hélas, bien des situations ou des faits glorieux qui perdent de leur importance ! Toutes les fois que notre sol est foulé par des étrangers qui ne sont pas là pour nous admirer ou nous aider mais pour nous commander avec des fusils de paix ou nous donner des leçons de civilisation parce que nous serions inaptes à réaliser ce que nous voulons. L’effritement des valeurs se voit à tous les niveaux.

Je sens que certaines personnes ne connaissant Haïti que par les médias occidentaux ne croiront pas que ce sont ces images. Certains de mes amis à l’étranger ne veulent pas me croire car, pour eux, on a perdu de cette beauté qui rendait manifeste notre grandeur. C’était il y a plus d’un bicentenaire.

Des faits, des actes, des paroles, une histoire, des guerres de conquête, des campagnes ! Oui, il en faut sans doute !
Penser l’indicible qui me flagelle, m’humilie Courir après les obstacles, les dépasser, détruire Dire oui quand il faut dire non, mon destin Souffrir en chassant la solution, périr, tout Encore un point de mon projet

Rêver une source chaude en plein pôle nord Danser sous la pluie dans le Sahara Manger pour le futur au péril des dangers Faire de l’Enfer mon salut et non la Providence Encore un point de mon projet

Ma souffrance devant la misère du monde La pitié que mes prochains n’auront jamais Les mensonges incroyables des dirigeants coupables L’injustice qui sévit partout, qui fait des disciples Ce sont encore des points importants Malgré tout Il faut aimer la vie Il ne faut pas faire souffrir Il faut bannir l’idée de vengeance Compte sur toi-même avant tout Dieu ne peut pas tout régler

Tout ce que vous venez de voir ou de lire ne signifie rien. C’est certain que nous n’avons rien fait mais la beauté existe chez nous et nous en sommes fiers. Nous savons que nous devons agir pour la garder, la conserver pour les générations futures mais nous ne savons pas encore par quoi commencer. Je ne sais pas qui a dit que replonger sans cesse dans le passé peut fausser la vision du présent. Je dirais de préférence que replonger dans le passé ne peut que sensibiliser sur les actions à envisager.
Césaire avait déjà compris que nous ne sommes pas les rebuts de l’humanité. Je dis qu’il nous manque seulement la force de la vision d’ensemble et du partage. Nous devons créer ce système d’action concret où chacun construit sa place à sa manière dans les processus décisionnels. Nous sommes anéantis, submergés par la dictature du paraître, nous n’existons que pour nous faire remarquer. À force de toujours vouloir montrer ce dont nous sommes capables ou ce que nous avons fait, nous oublions de travailler en vue d’apporter à nos semblables ce que nous leur devons. Sartre n’a-t-il pas dit que l’important n’est pas ce que l’humain fait de lui mais ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui ? Cela devrait nous rendre plus activement impliqués mais nous ne le sommes pas. Nous sommes dans la colère, dans la vengeance et dans la calomnie et nous oublions la force de l’agrégat des actions individuelles infinitésimales en pensant que nous sommes impuissants. Mon cri n’est pas celui de la révolte mais celui du changement du contexte macabre. Ce n’est pas en changeant de gouvernement ni en changeant de régime politique mais la foi dans le paradigme du « vivre-ensemble » et la culture de l’intérêt collectif.
J’ai visité Haïti à travers de nombreuses photos que j’ai prises et également celles prises par des gens que je ne connais pas mais qui vont certainement reconnaître leurs œuvres. Je me rends compte de ce que nous avons fait, de ce que nous avons appris à faire mais hélas, tout a presque disparu : qu’allons-nous faire ? Que nous est-il possible de faire ? Quand commencer à le faire ? Pourquoi avons-nous choisi d’oublier ces trois questions que la mère posait à son fils le jour de sa naissance alors qu’il ne savait même pas parler ?
Que dois-tu à toi-même ?
Que dois-tu à ta Patrie ?
Que dois-tu à tes semblables ?
Il n’est pas trop tard pour recommencer à réfléchir, à méditer, à voyager dans l’intérieur des terres pour retrouver la pierre cachée qui sera la première pierre.





On réfléchit encore sur ces notions : Exploitation – Esclavage – Maltraiter Massacrer – Humilier – Terrifier Supprimer – Avorter – Exterminer Guerroyer – Envier – Détruire




Fusillade – Fracassement – Ossements Mésinterpréter – Mentir – Dénoncer Injurier – Gifler – Flageller Matraquer – Abattre – Enterrement Peur – Misère – Désolation – Souffrance Injustice – Malversation – Corruption Irrespect – Démocratie – Hégémonie Argent – Pouvoir – Mort – Discours Demain – Passé – Attendre – Espérer Force – Théologie – 1804 – 2010 RPK – GNB – Duvalier – Aristide Privilège – Existence – Diplomatie



La mondialisation n’est pas un mal.
Des lauriers sous mes pas Des chants de gloire sur mes lèvres Du miel dans le cœur auréolé Je marchais vers ce paradis noir Ce paradis faisait la fête dans mon cœur Ce berceau de bébés traîtres et hypocrites Ce coin d’histoire à jamais révolu Ce joyau de l’humanité Ton drapeau est hissé dans mon cœur Comme la femme haïtienne chantant l’amour perdu



Je te vois dans mes rêves les plus extra Dans mes plats les plus exquis Quand je marche vers toi Mon cœur danse de joie de te revoir À chaque battement du tambour Mon cœur tressaillit en palpitations de gloire Le son du tambour m’arrive comme mon plat journalier Mon âme ne saurait ne pas t’appartenir Quand je pense à mon passé délivré par tes fils Je revois les premiers hommes que tu nous as donnés Je me demande si Dieu n’est pas de toi Sûrement tu me caches quelque chose Je sens que je suis ton fils


Je compte passer à l’action Je veux leur dire qui tu es vraiment Ils apprendront, par moi, le chant de ta gloire Ils sauront te louer à jamais pour le rachat de ton nom Ils chanteront ton nom partout Je les forcerai à faire honorable amende Envers toi, ils seront reconnaissants Ils apporteront de l’eau pour ta soif Le maïs sera bien grillé pour tes délices Le clairin rassi sera de la partie La viande flambée ne manquera pas Tu auras toutes les meilleures salutations À genoux, ils te demanderont pardon Pour avoir dit que tu n’as pas créé la poudre Pour avoir dit que tu es l’incarnation du péché La fille de Satan rejetée pour son anomalie sociale Le mauvais pas qui fait tomber dans l’abîme La goutte d’eau qui fait déborder le vase du mal La plante vorace qui gâte les bonnes récoltes


Promets-moi que tu souriras Que tu leur accorderas ton pardon Que tu les recevras avec bonne mine Que le son du tam-tam les accueillera Promets-moi de ne pas pâlir Promets-moi de sauter de joie Réjouis-toi comme à jamais


Licence : texte et photographies de l’auteur publiés sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Auteur : ORCID 0009-0008-0070-467X

