Dr Hervé Boursiquot

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De l’expérience au savoir, du savoir à l’action.

L’enseignement supérieur universitaire et non-universitaire en Haïti

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13–20 minutes

Que peut apporter l’enseignement supérieur au développement d’un pays lorsque la production de connaissances, la qualification des enseignants et la recherche restent insuffisamment articulées ? Le cas haïtien conduit ici à examiner l’université au-delà de sa seule fonction de délivrance des diplômes, comme un espace où devraient se construire recherche, expertise et capacités scientifiques. L’enjeu est aussi de mieux comprendre la complémentarité entre enseignement supérieur universitaire et non universitaire.

Un homme en costume gris parlant dans un microphone, tenant des notes sur une table.

La place des titulaires de doctorat, la faiblesse des structures de recherche et les conditions de qualification du personnel enseignant posent une question plus large : quelle fonction l’enseignement supérieur doit-il exercer dans le développement d’Haïti ? L’enjeu ne consiste pas seulement à délivrer des diplômes, mais à créer les conditions permettant de produire des connaissances, de former des enseignants-chercheurs et de mobiliser des compétences scientifiques au service du pays.

Cette interrogation rejoint celle de la recherche et développement. Aghion et Cohen soulignent l’importance des investissements dans l’enseignement supérieur, la recherche et le développement pour les économies cherchant à se rapprocher de la frontière technologique1. Dans le cas haïtien, cela conduit d’abord à examiner l’organisation de l’enseignement supérieur, ses établissements, ses niveaux de certification, ses conditions de fonctionnement et la place qu’il accorde à la recherche.

La « fuite des cerveaux » semble être parmi les grands reproches adressés au régime de Duvalier par une bonne partie de la population haïtienne. Il ne faut pas non plus écarter le fait que cette référence à Duvalier revient toutes les fois qu’une difficulté s’amène quand il faut trouver une solution à un problème quels que soient son domaine et son ampleur ? N’est-il pas courant de voir les responsables politiques prétexter que toutes les bases des institutions haïtiennes ont été sapées pendant la dictature des Duvalier? Les gouvernements formés à la fin de la dictature15 présentaient la faiblesse de certaines institutions, notamment l’école haïtienne, comme une conséquence directe du départ forcé ou délibérément choisi des membres des corps professionnels de ces institutions. La réalité de l’université en Haïti semblerait apporter un démenti formel à cette inexistence apparente de ressources humaines sur le territoire puisque son ouverture est la preuve que les gens qui se forment reviennent dans le pays et que tous les professionnels ne sont pas partis. À moins de vouloir laisser comprendre que la majorité des enseignants-chercheurs en Haïti sont des individus avec une qualification insuffisante pour le statut que leurs activités professionnelles leur confèrent. Ce qui infirmerait les propos de Mirlande Manigat16 sur « la limitation des degrés de préparation qui n’englobent qu’une faible proportion des docteurs » où elle sous-entend la présence de professionnels du grade de doctorat dans le monde professionnel haïtien.

Le bachelier haïtien qui prépare le concours d’entrée dans un établissement d’enseignant supérieur doit vérifier d’abord s’il a la qualité de formation exigée s’il veut accéder à l’UEH. À cet enseignement de qualité, il doit disposer des ressources financières si son dévolu se porte sur un établissement d’enseignement supérieur privé. Une vérité longtemps admise fait comprendre que l’accès à une faculté de l’UEH dépend plus d’une politique partisane instituée depuis l’époque des Tontons-macoutes où les protégés des militaires pouvaient se faire inscrire leur nom sur les listes définitives de gagnants du concours sans l’avoir passé. Comme les Tontons-macoutes ne sont plus, la nouvelle tendance se fonde sur le fait que les pots-de-vin facilitent cet accès mieux que les fusils des anciens haut gradés des forces armées du pays du temps de leur existence.

L’enseignement supérieur universitaire regroupe les disciplines des sciences humaines et sociales, des sciences juridiques et de la médecine. Malgré l’existence du diplôme de docteur pour la faculté de médecine pour le public et le privé, la qualité des soins sanitaires en Haïti est critique et excessivement chère. La présence de Médecins Sans Frontières (MSF) et Médecins du Monde essaie de palier à ces difficultés. Pour les autres domaines, le plus haut niveau de diplôme est la Licence obtenue après quatre années d’études et la soutenance d’un mémoire. À noter que la Licence n’a pas une finalité professionnelle, ceux qui obtiennent le grade ont suivi des formations générales dispensées magistralement et sanctionnées par des contrôles terminaux au cours de deux sessions par an. Au niveau de l’UEH et quelques universités privées, la licence s’obtient après quatre ans d’études complétées par un mémoire ou un projet, sauf le département de Lettres et de Philosophie de ENS17 dont les cycles d’études ne durent que trois ans. L’obtention de la Licence n’est pas exigée par le ministère de l’éducation nationale pour procéder à la nomination des enseignants dans les établissements publics secondaires. Le mémoire conduisant à la licence représente le calvaire des étudiants haïtiens qui préfèrent présenter leur relevé de notes et l’attestation de fin d’études aux employeurs pour espérer avoir un emploi. Non seulement les enseignants à plein temps ne sont pas à même de diriger des mémoires car n’ayant pas le niveau pour certains ni la confiance des étudiants pour d’autres. Ceux qui sont connus comme qualifiés pour ce genre d’activités jouent sur la rareté de leurs compétences pour exiger une somme qui dépasse le niveau économique de l’étudiant. Si certaines facultés n’ont pas le droit de décerner les titres de Licence comme l’UEH, l’obtention de ce titre pour les autres se fait à un fort prix puisque le mémoire peut être soutenu 5 ans après.

Les écoles de commerce délivrent leur diplôme au bout de trois ans de formation. La licence délivrée par les institutions de formation universitaire équivaudrait au niveau Master I (Bac+4) dans le plan LMD, mais en réalité la mention de Licence écrite sur le diplôme ne permet pas à son détenteur de s’octroyer le grade de Maîtrise qui équivaut à un contenu particulier de formation. Obtenir sa licence est de plus en plus difficile en Haïti à cause des exigences auxquelles les étudiants doivent se soumettre. Le suivi du mémoire ne se fait pas gratuitement et le montant est de plus en plus important et est adéquation avec le prestige de la formation et la notoriété du potentiel encadrant. Les étudiants en Droit connaissent de plus en plus de difficulté pour trouver un directeur pour encadrer leur mémoire. Si certaines entreprises comme les établissements d’enseignement secondaire recrutent des enseignants n’ayant pas encore de Licence, l’obtention de cette dernière qui passe dans la grande majorité des cas est un critère qu’il faut respecter pour des postes plus prestigieux. Est-ce que la soutenance d’un mémoire est un indicateur de compétences ? N’est-ce pas de telles exigences qui cautionnent le recours aux faux documents pour s’insérer professionnellement ? L’université haïtienne ne crée-t-elle pas des barrières quant à l’insertion professionnelle des étudiants qu’elle a formés elle-même ? La première mission qui est l’accès à une formation de haut niveau ne peut pas s’appliquer à cause des obstacles créés à la base dans les stratégies de mise en œuvre de l’enseignement supérieur en Haïti. Le désir de trouver rapidement un emploi ne donne pas à l’obtention du grade universitaire la première place dans les projets professionnels puisque les entreprises qui sont au courant de ces anomalies académiques recrutent avec la simple attestation. L’inachèvement de ce parcours de formation initiale se fait sentir une des opportunités de bourse d’études ou d’emplois plus qualifiés se manifestent. Comment expliquer que les formations inachevées permettent l’insertion professionnelle dans les pratiques institutionnelles de recrutement alors que socialement le respect des normes académiques représente le premier indicateur d’un professionnel qualifié? À quel moment intervient le diplôme dans la qualification de l’individu ? Pour progresser dans la réflexion à partir de ces questions, il nous semble judicieux de tenir compte des modalités de certification des établissements d’enseignement supérieur non universitaire.

Cartographier l’enseignement supérieur haïtien

L’enseignement supérieur en Haïti accueille notamment les bacheliers issus du secondaire, aujourd’hui désigné S4 – Secondaire IV2. La loi-cadre distingue des établissements de formation universitaire et des institutions d’enseignement supérieur non universitaires. Cette distinction conduit à interroger les appellations utilisées, les statuts des établissements et, surtout, la lisibilité du paysage de l’enseignement supérieur.

La Direction de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (DESRS)3 joue ici un rôle central. En 2024, elle a publié une liste de 199 institutions d’enseignement supérieur4. Jonasson Odigène, dans Le Nouvelliste, souligne en outre la forte concentration territoriale de l’offre privée, notamment dans le département de l’Ouest5. Ces données doivent être lues comme un état documenté à une date donnée, et non comme une photographie intemporelle du secteur.

Les dénominations sont nombreuses — universités, facultés, instituts universitaires, écoles de commerce ou centres d’études supérieures spécialisées — et leur articulation avec les statuts officiels demeure un enjeu de lisibilité. Des estimations plus anciennes évoquaient environ 200 institutions privées6, tandis que des travaux antérieurs faisaient état de 7 876 étudiants répartis dans neuf universités publiques en région (UPR)7. L’évolution rapide de ces chiffres invite précisément à dater les données utilisées.

  • L’Université d’État d’Haïti (UEH)8 et ses différentes entités ;
  • les universités publiques en région, dont le nombre a évolué depuis les descriptions publiées en 20119;
  • les institutions privées d’enseignement supérieur ;
  • la DESRS, chargée notamment de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Universités publiques en région : entre expansion et conditions de fonctionnement

Le développement des universités publiques en région (UPR)10 traduit une volonté de territorialiser l’offre publique d’enseignement supérieur. L’Artibonite comprend notamment l’Université Publique aux Gonaïves (UPAG)11 et l’Université Publique du Bas-Artibonite à Saint-Marc (UPBAS)12. L’expansion géographique ne suffit cependant pas à elle seule à garantir les conditions nécessaires à l’enseignement et à la recherche.

Les conditions de travail constituent un enjeu majeur : disponibilité des enseignants-chercheurs, poids du vacatariat, financement, encadrement des mémoires et régularité des rémunérations. Les données et barèmes évoqués dans la version initiale de cet article décrivaient une situation précise et susceptible d’évoluer ; ils doivent donc être compris comme des éléments de contexte plutôt que comme des normes permanentes. La gestion administrative mobilise notamment l’Office de Management et des Ressources Humaines (OMRH)13 et la coordination des UPR, désignée comme Réseau des Universités Publiques en Région (RUPR)14.

L’enjeu est donc double : rapprocher l’enseignement supérieur des territoires tout en garantissant des conditions académiques et professionnelles permettant aux établissements de remplir leurs missions. La présence d’une université dans une région n’acquiert tout son sens que si elle s’accompagne de ressources humaines qualifiées, d’une gouvernance fonctionnelle, de financements prévisibles et d’une activité scientifique réelle.

Diplômes, certification et reconnaissance des parcours

L’ouverture de formations de niveau master constitue un signe d’élévation de l’offre de formation, mais elle suppose également des exigences académiques : qualification des enseignants, ressources documentaires, capacité d’encadrement et articulation avec la recherche. La question n’est donc pas de contester le développement des masters, mais de s’assurer que leur création repose sur des conditions de faisabilité et des standards clairement définis.

La réflexion sur la qualification ne peut être séparée de l’histoire de l’enseignement supérieur haïtien. La référence aux départs de professionnels durant et après la période des Duvalier revient régulièrement dans l’analyse du secteur ; la fin de la dictature est notamment située au 7 février 198615. Des analyses de la gouvernance universitaire ont également souligné la faible proportion de titulaires du doctorat dans certains corps professionnels16. Ces éléments historiques ne dispensent cependant pas d’examiner les capacités effectivement disponibles aujourd’hui.

La certification pose un autre problème : dans plusieurs parcours, l’achèvement des études dépend de la réalisation d’un mémoire ou d’un projet final. Le cas de l’École Normale Supérieure a lui-même fait l’objet de précisions concernant la nature du document délivré à l’issue du cursus17. Plus largement, lorsque l’encadrement des travaux de fin d’études est difficile ou tardif, les étudiants peuvent entrer sur le marché du travail avec une attestation ou un relevé de notes avant d’obtenir le diplôme final.

Cette situation conduit à distinguer trois dimensions souvent confondues : avoir suivi une formation, avoir achevé le processus de certification et être reconnu comme qualifié sur le marché du travail. Le diplôme demeure un indicateur institutionnel important, mais son rôle doit être analysé avec les compétences, l’expérience professionnelle et les conditions concrètes dans lesquelles le parcours universitaire a été accompli.

Enseignement supérieur universitaire et non universitaire : une frontière à clarifier

La notion d’enseignement supérieur non-universitaire en Haïti reflète de multiples ambiguïtés tant sur le plan légal que sur le plan académique. Aucun cadre réglementaire ne permet pour l’heure de faire la différence entre une université privée ou un établissement de formation professionnelle et technologique postsecondaire. Le contrôle absent de l’État laisse libres les responsables munis d’une licence de fondation de s’approprier n’importe quel statut soit d’université, d’institut universitaire, de centre technique. La multiplicité des statuts non officiellement reconnus ne permet pas à la clientèle de faire un choix objectif et aucun recours à une source officielle ne peut être fait puisque le cadre n’existe pas. Quelles sont les conséquences de cette configuration sur la formation offerte, le professionnalisme des étudiants diplômés et l’insertion professionnelle ? Si les écoles de commerce sont les premiers exemples d’enseignement supérieur non universitaire, il est difficile dans la pratique de distinguer l’universitaire du non universitaire puisque les diplômes confèrent le même nom. Il semble bien que l’enseignement est universitaire s’il se déroule dans le cadre d’une université officiellement reconnue et non universitaire s’il se déroule dans un établissement d’enseignement supérieur non reconnue avec le statut d’université. Les notions universitaires et non universitaires ne sont ni opératoires ni opérationnelles pour progresser dans la réflexion sur l’enseignement supérieur haïtien. Les statuts des établissements d’enseignement supérieur répondent à une stratégie sociale et commerciale des fondateurs à la recherche d’une clientèle en difficulté d’insertion professionnelle et prête à payer le coût exigé pour avoir un diplôme.  En quoi un individu issu de l’enseignement supérieur universitaire se différencie d’un autre de l’enseignement supérieur non universitaire ? L’ES en Haïti a une mission à la base qui devrait toucher non seulement l’individu lui-même mais encore le niveau national. Alain Renaut (2008) pense que le rôle des universités réside dans «la formation de conscience authentiquement contemporaines18 ».

Le marché de l’emploi semble opposer voire hiérarchiser sur la base de la qualification les établissements d’enseignement supérieur avec un « caractère hétérogène problématique » (Renaut, 2008). En effet, les normes de qualification dont diplôme + x nombres d’années d’expériences professionnelles s’appliquent plus rigoureusement pour les individus provenant des institutions ne jouissant pas socialement d’une grande réputation et les étudiants qui viennent des « grandes universités » sont recrutés même en étant encore en formation. Un paradoxe se dessine derrière ce constat quand on sait que la mission politiquement pensée de l’enseignement supérieur haïtien confond dans sa vision tous les établissements d’enseignement supérieur.

Recherche, qualification et développement : quelles missions pour l’enseignement supérieur ?

Les missions de l’enseignement supérieur en Haïti sont présentées dans la loi-cadre dont le but consiste à décrire le système non dans un angle pédagogique mais dans une dimension sociopolitique. La mission de l’ES en Haïti consisterait à apporter des garanties en ce qui concerne

  1. l’accessibilité des citoyens à une formation de haut niveau ;
  2. une meilleure adaptation et intégration des connaissances et des savoir-faire aux réalités nationales ;
  3. la recherche d’un humanisme à la dimension des valeurs culturelles et morales de la société et à la mesure de ses aspirations profondes;
  4. le développement de la coopération internationale basée sur le dialogue des cultures par l’intensification des échanges avec le monde sans aucune limitation géographique ou idéologique ;
  5. la promotion du bien-être de la collectivité nationale en particulier et de l’humanité en général, grâce aux moyens d’études, de recherches et d’actions appropriées sur le plan académique ;
  6. la libre-entreprise de la recherche de la vérité au bénéfice de la société et dans le respect des droits et des libertés individuelles et collectives ;
  7. la promotion des vertus citoyennes pour le plein épanouissement des valeurs sociales, culturelles, spirituelles et morales de la communauté ;
  8. le développement de la conscience critique de la nation.

On a mentionné plus haut que le niveau de certification le plus élevé de l’enseignement supérieur en Haïti correspond à la licence. Au regard de ces missions nous nous demandons s’il peut atteindre ses objectifs avec ce niveau de formation. L’implication de l’enseignement supérieur au développement national se fait-elle à n’importe quel niveau de certification? En posant comme principe que la théorie du capital humain supposerait que le nombre d’années de formation rendrait l’individu plus compétent et plus à même d’agir professionnellement, l’enseignement supérieur et la formation supérieure technique et professionnelle ne peut atteindre les objectifs présentés dans la loi-cadre que par l’élévation du niveau de certification. Comment élever le niveau de certification? Est-ce un manque dont Haïti souffre ? Qu’apporterait une telle stratégie au développement national? Une évaluation de la demande de formation de niveau supérieur pourrait se révéler une manière de répondre à cette question. L’existence de partenariats avec des universités françaises19 permettent à l’Université d’État d’Haïti et l’Université Quisqueya de mettre en place des formations de niveau Master 2ème année dans les domaines littéraires à l’exception de l’Université Quisqueya (UniQ) qui offre un Master20 dans les sciences exactes.

Au lieu de s’accompagner d’une observation en profondeur des conditions de faisabilité de ce niveau de formation, ces partenariats développent l’intelligence de certaines institutions privées de d’enseignement supérieur utilisant la «masterisation21» comme un effet de mirage pour attirer des étudiants au-delà de la licence en quête de diplôme pour s’insérer dans des postes plus qualifiés dont le titre de Master est un critère. En résumant les missions de l’ES en Haïti une ouverture est faite sur les propos d’A. Gilles22 et de M. Manigat qui prônent un « engagement dans les sentiers polyvalents et extensifs de l’ES et de la Recherche » afin de produire des savoirs nécessaires et utiles au pays pour éviter « qu’il disparaisse23 ». Ces personnalités parlent également de la nécessité de produire une culture scientifique de base en impliquant la masse des ressources humaines dans le secteur de l’ESFTP. Pour mettre ce dernier à la hauteur d’une telle mission, il faudra sans doute améliorer la qualité de la formation offerte en mobilisant les ressources suffisantes tant humaines que financières, relever le niveau de certification qui, pour l’instant s’arrête à la Licence. L’atteinte de cette mission correspond-elle aux besoins des acteurs au point que leur participation soit active pour aboutir à sa concrétisation ? S’il est vrai qu’il serait mieux, en termes de développement durable, que les universités haïtiennes puissent offrir avec leurs propres ressources humaines des formations à un niveau supérieur à la licence, l’incapacité financière renforcée par une politique éducative inadéquate aux besoins représente un obstacle à surmonter. Le départ, définitif pour ceux qui ne reviennent pas, des Haïtiens pour poursuivre les études à l’étranger trouve une explication qui nous encourage dans la réflexion.

Le fait d’avoir une formation initiale de qualité ne suffit pas pour les professionnels qui ont besoin d’évoluer ou de changer de champ professionnel. Pouvons-nous dire que c’est l’une des causes de l’institutionnalisation de la formation continue dans certains pays de l’Europe, de l’Amérique du Nord et l’Amérique Latine? Les présupposés de la formation continue attirent l’attention sur certaine déperdition rendant obsolètes les compétences du professionnel. La modalité de la qualification en Haïti n’admet pas ces déperditions toutes catégories confondues. Est-ce la raison qui explique pour laquelle la formation continue n’a jamais bénéficié d’une action politique visant à la rendre effective en Haïti ?

  1. Aghion, P. et Cohen, E. (Rapport de) (2004). Éducation et croissance. Avec la collaboration d’Éric Dubois et Jérôme Vandenbussche, commentaires de Jean-Hervé Lorenzi, Michel Mougeot. Paris : La documentation française ↩︎
  2. L’appellation « Nouveau Secondaire » n’est plus de mise car le temps de l’expérimentation est fini ↩︎
  3. Direction de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique ↩︎
  4. Si le nombre surprend par sa valeur absolue c’est surtout au regard de la taille de la population et du territoire. Pour une superficie de plus de 9 millions de km2 avec une population de près de 42 millions d’habitants, les 10 provinces du Canada totalisent 223 universités incluant des établissements post-secondaires privés. Selon les Statistiques Officielles du Canada, le nombre des universités publiques au Canada ne dépasse pas 90. ↩︎
  5. Odigène, J. (2024, 9 septembre). 199 institutions d’enseignement supérieur reconnues par le MENFP. Le Nouvelliste. https://lenouvelliste.com/article/250126/199-institutions-denseignement-superieur-officiellement-reconnues-par-le-menfp. Consulté le 2 février 2026, 9h08, heure de Port-au-Prince (Haïti). ↩︎
  6. Selon un article soumis le 27 décembre 2011 à AlterPresse et mis en ligne le jour suivant http://www.alterpresse.org/spip.php?article12130 par Jean-Marie NOEL, ex-membre du conseil de direction de la faculté des sciences de l’UEH (dernière consultation: 10 juin 2024 à 7h48, heure de Port-au-Prince). ↩︎
  7. Université Publique en Région. L’étude ne précise pas quelle UPR n’a pas été prise en compte dans son rapport. ↩︎
  8. Université d’État d’Haïti ↩︎
  9. https://lenouvelliste.com/article/101142/construire-le-systeme-de-lenseignement-superieur-haitien, L’article a été publié le 30 décembre 2011, aujourd’hui la réalité est différente car les UPR sont au nombre d’une dizaine. ↩︎
  10. Université Publique en Région ↩︎
  11. Université Publique aux Gonaïves (UPAG) ↩︎
  12. Université Publique du Bas-Artibonite à Saint-Marc (UPBAS) ↩︎
  13. Office de Management et Ressources Humaines. ↩︎
  14. Réseau des Universités Publiques en Région. Il s’agit de la Coordination des UPR. ↩︎
  15. Jean-Claude Duvalier est parti en exil en France le 7 février 1986 ↩︎
  16. In PARIAT, M. et LAFONT, P. (2011). Op.cit. « la gouvernance universitaire » p.80 ↩︎
  17. Les soutenances de mémoire existent à l’ENS mais le document remis à la fin de cette soutenance ne mentionne nulle part le grade de Licence. Il semblerait que l’ENS est autorisé à délivrer des certificats de fin d’études mais et non la licence. ↩︎
  18. RENAUT, A. (2008). Quel avenir pour nos universités ? Essai de politique universitaire. Quercy : Timée-Éditions. ↩︎
  19. Master Recherche en Philosophie : Paris 8 et l’École Normale Supérieure(UEH), Master en Expertise, Ingénierie et Direction d’Organisation mention Sciences de l’Éducation : UPEC et UniQ, Master en FLE Humanités Lettres Langues et Communication (Hum_LLCC) mention Lettres et Sciences Humaines : UAG et Faculté de Linguistique Appliquée (FLA-UEH) ↩︎
  20. Ce Master Recherche en Écotoxicologie, Environnement et Gestion des Eaux(MEEGE) se réalise en partenariat avec l’Agence Universitaire de la Francophonie appuyée par l’Université des Antilles et de la Guyane (UAG), l’Institut National de la Recherche Scientifique de l’Université du Québec, l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Lyon, et l’École Nationale des Travaux Publics de l’État (ENTPE). ↩︎
  21. L’élévation des offres de formation au niveau des certifications au diplôme de Master en suivant le modèle européen du LMD. ↩︎
  22. En 2009, Alain GILLES est vice-recteur aux affaires académiques de l’université Quisqueya (Haïti) ↩︎
  23. Selon Bonaventure Mvé-Ondo (2005), ancien recteur de l’Université de Libreville au Gabon, dans son livre Afrique, la fracture scientifique, affirme que le savoir est désormais considéré comme une marchandise. À tel point que toute société qui ne produit pas du savoir scientifique et des objets techniques, fût-elle installée sur des puits de pétrole, est appelée à disparaître» Cité par A. GILLES (2009) in PARIAT et LAFONT (2011), Op. cit. ↩︎

Pour citer cet article : Boursiquot, H. (2026). L’enseignement supérieur universitaire et non-universitaire en Haïti. boursiquotherve.com. https://doi.org/10.5281/zenodo.23200176
Version PDF archivée sur Zenodo (licence CC BY-NC-ND 4.0). Auteur : ORCID 0009-0008-0070-467X






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