Quitter une fonction de direction ne met pas fin à la responsabilité institutionnelle : la manière de transmettre compte aussi. À partir de l’expérience des passations dans l’administration publique haïtienne, ce texte interroge ce que révèle le moment du départ sur notre rapport aux institutions, à la continuité et au pouvoir. Le « sourire » de la passation devient ainsi une manière de penser la transmission, le dialogue et la responsabilité au-delà des personnes qui occupent temporairement une fonction.
Depuis quelques temps en Haïti, il est constaté un phénomène qui tend à devenir la norme dans les changements/remaniements dans l’administration publique. Il s’agit de l’absence des dirigeants sortants dans les cérémonies de passation de maillet. Le principe de l’individualisme méthodologique admet que chaque acteur a toujours une bonne raison de faire ce qu’il fait et de croire ce qu’il croit. Je suis mal placé pour faire la leçon à tous ceux et à toutes celles qui ont agi ainsi et ils ont sans doute une bonne raison. Ceux qui sont promus peuvent se passer de cette élégance tout comme ceux qui sont empêchés pour des raisons de sécurité, de maladie ou tout autre handicap au déplacement physique. Cela dit, il y en a qui jouent le jeu, ils sont là, mais ils ne sont pas contents. Et ils le montrent. Pour une raison ou pour une autre, ils ont sans doute, en tant qu’acteur individuel, une bonne raison. Et cela, personne ne pourra leur enlever ce droit car il n’est nulle part écrit que le respect de certains mécanismes protocolaires est obligatoire. À tous ceux qui se présentent et qui ne sont pas contents, à tous ceux qui pensent que leurs successeurs vont jouer à la politique du bouc émissaire, à tous ceux qui pensent qu’ils feraient mieux s’ils étaient restés plus longtemps, à tous ceux qui n’avaient pas vu venir un départ précipité et qui n’étaient pas psychologiquement préparés, je vous demanderais de garder le sourire pour mieux embrasser l’avenir, je vous demanderais de retenir cette pensée d’Amélie Nothomb:
Le véritable courage c’est de dire « au revoir » en souriant
Loin de vous dire que vous n’avez pas le courage, si vous êtes présents c’est déjà très courageux, je vous demanderais de le faire avec le sourire. Si vous aviez eu le courage de remplacer quelqu’un, ayez le sourire courageux quand on vous remplace. Laissez la haine de côté, soyez faire-play et l’on reconnaîtra votre courage. D’aucuns me diraient que le courage ne paye pas, mais je leur répondrais que toutes les bonnes choses se payent cher.
Je prends le plaisir de partager le discours que j’ai prononcé lors du dépôt de la faucille entre de nouvelles mains pour diriger le partenariat en éducation sous tutelle du ministère de l’éducation nationale.
C’est avec une émotion sincère et un profond sentiment d’accomplissement que je prends la parole aujourd’hui, au terme des quatre années passées à la tête de l’Office National de Partenariat en Éducation (ONAPÉ). Je dis toujours que je ne suis pas un homme de discours mais l’élégance exige que j’en prononce un en cette occasion de passation de maillet.
Madame la Directrice Générale, permettez-moi tout d’abord de vous adresser mes plus chaleureuses félicitations pour votre nomination. Vous prenez les rênes d’une institution stratégique, au cœur de la transformation du système éducatif haïtien. Je vous souhaite plein succès dans cette noble mission.
À mon entrée en fonction, l’ONAPÉ se trouvait dans une phase de structuration. Les bases commençaient déjà à être posées par mon prédécesseur. Dans cette dynamique, avec le soutien de nos équipes, de nos partenaires et des autorités du Ministère, j’ai poursuivi les efforts avec détermination afin de permettre à l’institution de remplir efficacement sa mission.
Durant ces quatre années, j’ai œuvré à renforcer la concertation, à instaurer un dialogue constructif entre les différents acteurs du secteur, et à poser les bases d’un partenariat plus organisé et plus efficace. J’ai encouragé la participation active des institutions non publiques, favorisé l’alignement des projets sur les priorités nationales, et contribué à réduire les duplications et les dispersions dans les interventions éducatives.

J’ai également entrepris des efforts pour structurer les mécanismes de planification, soutenir les initiatives éducatives, et renforcer progressivement la présence de l’ONAPÉ sur l’ensemble du territoire, notamment à travers la mise en place des dix antennes départementales. Bien sûr, beaucoup reste à faire. Les défis sont nombreux, et le contexte national n’a pas toujours été favorable. Mais, je demeure convaincu que les bases posées aujourd’hui permettront d’aller encore plus loin demain.
Madame la Directrice Générale, l’ONAPÉ est une institution de dialogue, de coordination et d’action. Elle exige engagement, rigueur, écoute et vision. Je suis persuadé que, sous votre leadership, elle continuera de progresser, de se consolider et de jouer pleinement son rôle au service du système éducatif haïtien.

À vous, chers collaborateurs, partenaires et acteurs éducatifs, je veux exprimer ma profonde gratitude. Rien de ce qui a été accompli n’aurait été possible sans votre engagement, votre confiance et votre volonté de travailler ensemble pour un objectif commun : améliorer l’éducation dans notre pays.

Je quitte mes fonctions avec fierté, mais aussi avec humilité, conscient que le travail pour l’éducation est une œuvre collective et continue. Je reste disponible, en tant que citoyen haïtien, chercheur et spécialiste de sociologie des politiques éducatives, pour contribuer, à ma manière, à toute initiative visant à faire avancer ce secteur essentiel.
Je souhaite à l’ONAPÉ, sous cette nouvelle direction, un avenir encore plus prometteur.


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